Être assise sur ma galerie à Saint-Laurent-du-fleuve alors qu'il fait soleil, avec un coin de ciel grisâtre car l'orage approche au loin, avec le souper qui est au four et se prépare tranquillement, en écoutant de la musique qui, de mes fenêtres ouvertes parvient jusqu'à moi, en dégustant une bière froide, je suis heureuse. Je goûte ces moments présents et je jouis de la vie. De cette vie belle et merveilleuse. Autour de moi, toute cette belle nature qui s'épanouit et s'offre à moi. Le fleuve, surtout, ces bateaux qui défilent à l'occasion, ces arbres majestueux et magnifiques, le vent qui souffle et fait valser leurs feuilles telle une danse endiablée, comme tout cela est beau et touchant. Dieu que notre terre est belle...
Il a les yeux bleus. Il se nomme Gilles. Je m'occupe de lui depuis six mois. Il vit avec sa femme Gervaise. Il a trois grands enfants: Julie, Charles et Natalie. Les médecins ont diagnostiqué chez lui une démence vasculaire frontale. Il ne prononce aucun mot mais ses yeux parlent et n'expriment aucune démence. Pendant que je lui prodigue les soins, ses yeux me regardent sans cesse, intensément. Cela est parfois déstabilisant. Ce qui me touche chez lui c'est ce regard intense qui exprime tout le poids d'une vie, une vie d'homme avec tout ce qu'elle contient de valeurs humaines. Une vie d'homme avec son baluchon d'expériences de vie qu'il porte sur son dos comme le seul bagage de toute son existence terrestre.
Voici que le chemin qui marche s'est arrêté pour moi à Saint-Laurent du Fleuve, petite localité de Contrecoeur à 20 kilomètres de Verchères. Je vous avais dit dans ma dernière chronique que je devais quitter le presbytère de Verchères car il était vendu. J'attendais avec confiance et fébrilité ou la vie me conduirait. Et bien, la vie m'a déniché un autre oasis, plus petit mais combien coquet, toujours près du fleuve. Je ne pouvais me résigner à quitter mon fleuve mais je pense que lui aussi ne semblait pas vouloir me laisser partir.
C'est un privilège pour moi d'écrire sur le site de ma soeur Muriel que j'admire pour son travail et sa ténacité à promouvoir le bien.
Il y a trois ans, je vivais à Longueuil avec ma mère et je travaillais au C.L.S.C. de Longueuil-est. C'est à cette époque que maman nous a quittés après un parcours de vie de 88 ans. Étant dans l'obligation de vendre sa maison, je me suis retrouvée sans logis. Ayant partagé sa vie durant huit belles années,je me trouvai, je vous l'avoue, désemparée, ne sachant trop ou aller. J'ai fait confiance à la vie et la vie s'est chargée de me conduire à Verchères, au bord du fleuve...
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