Chef de la division des homicides de la police d’Indianapolis, le Capitaine Robert L. Snow possède la réputation d’un enquêteur coriace, rigoureux, acharné et soucieux du moindre détail qui peut mener à la constitution d’une preuve solide. Redoutable adversaire de la défense, ses enquêtes sont menées à la loupe et les preuves qu’il constitue sont pour le moins tissées serrées. Son épouse, Mélanie, est également inspectrice à Indiannapolis. Carrière établie, couple heureux, la vie de Robert Snow vogue en eau tranquille. Du moins jusqu’à l’affaire Beckwith au milieu des années 90. Une enquête de deux ans qui constitue certes l’un des plus remarquables défis de toute sa carrière. Et qui allait lui demander courage, ouverture d’esprit et ténacité.
L’affaire débute lors d’une banale conversation lors d’une petite fête organisée par le Centre de soutien à la famille de Marion County où son épouse travaillait sur les cas d’enfants maltraités. Pendant la soirée, il a une conversation avec Cathy Graban, psychologue, avec qui il discute de livres qu’ils ont lus. Il lui mentionne celui du célèbre Dr Moody sur les vies antérieures. « Qu’en penses-tu », lui demande la psychologue qui travaille souvent en hypnose régressive. Sans se montrer fermé ni catégorique, il se dit néanmoins sceptique. « J’ai l’impression que toutes ces histoires de vies antérieures sont élaborées par des gens qui ont beaucoup d’imagination », répond-il. « Et puis si c’était vrai, comment se fait-il que personne n’ait encore fourni un preuve de ces soit disant vies passées? ». Sur ce, Cathy lui remet la carte d’une de ces collègues qui pratique la régression sous hypnose et le défie gentiment de se soumettre au test. Coincé entre son orgueil de mâle et sa rigueur de flic, Robert Snow prend rendez-vous avec le Dr Mariellen Griffith, psychologue spécialiste de la régression sous hypnose. Après les présentations d’usage, il lui dit qu’il ne cherche rien de particulier sinon qu’il s’intéresse au phénomène de la régression. D’un commun accord, la session débute et Robert Snow se retrouve rapidement en sommeil hypnotique. Détail important : ce qu’il raconte est enregistré, si bien qu’il aura tout le loisir de se réécouter. Après quelques minutes, il se retrouve dans des paysages et des époques inconnus. Puis, son esprit se fixe vers la fin du 19e siècle, plus précisément sur un personnage du nom de Carroll Becwith, artiste-peintre. Il décrit en long et en large la vie en dents de scie de ce portraitiste de talent formé à New-York mais aussi à Paris et de quelques grands maîtres qu’il a connus, entre autres l’américain John Singer Sargent. Il nomme une foule de détails sur Beckwith et sa vie, ses amours, sa carrière, ses réussites et ses échecs. Au réveil, frappé par le réalisme de ce qu’il vient de vivre, il prend congé du Dr Griffith qui lui remet la cassette, mais sans pour autant être convaincu de la véracité des faits dont il vient d’être témoin. Malgré tout, au fil des mois, l’idée l’obsède : tout cela n’est probablement que le fruit d’une imagination trop fertile. Pour le prouver, il décide de mettre tous ses talents d’enquêteur à démontrer qu’une vérification rigoureuse des faits rapportés lors de la régression aura vite fait de prouver que tout cela n’est que pure imagination. D’autant plus que, comme policier, cela revêt un grand intérêt puisque la régression est parfois invoquée en preuve dans certaines causes. Comme point de départ de l’enquête : la fameuse cassette que lui a remise le Dr Griffith. Il la réécoute et note une trentaine d’indices qu’il se charge de vérifier un à un. Pour son malheur, Beckwith n’a été célèbre qu’auprès de son épouse et quelques intimes de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Donc, aucune archive nationale sur lui. Aucun livre, bouquin, plaquette ou référence. Malgré son talent de portraitiste et un succès important à son époque, rien ne subsiste sur Beckwith. Au total, il retient 28 indices à vérifier, dont plusieurs sont particulièrement significatifs. Il lui faudra deux ans pour valider la presque totalité de ces indices, deux seuls qui n’ont pas d’importance significative demeureront toutefois sans preuve. De quoi faire condamner le plus fin de tous les criminels tant la preuve est colossale. Si bien que, lui qui voulait prouver que toute cette histoire de vie antérieure dans la peau d’un artiste-peintre inconnu ne soit que le fruit de son imagination débridée se trouve maintenant pris au piège. Tout converge vers le fait que Carroll Beckwith a vraiment existé. Et que c’est nul autre que Robert L. Snow, aujourd’hui capitaine et chef de la section des homicides à la police d’Indiannapolis. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Maintenant la preuve établie, que faire ? Révéler tout cela risque de miner sa crédibilité, affecter sa carrière et même sa vie personnelle. Seule son épouse, Mélanie, d’abord sceptique mais finalement gagné par la solidité de la preuve, est au courant de ses démarches. Elle lui conseille de ne pas en parler, qu’on ne le prendrait certainement pas au sérieux. Par la suite, au hasard d’une conversation avec un collègue commissaire, ce dernier lui avoue avoir vécu une expérience hors du corps en découvrant la dépouille d’un de ses policiers mort en devoir. Il lui raconte l’anecdote avec un naturel et une confiance qui éblouit et rassure Robert Snow. Puis, soupçonnant ce genre d’expérience plus fréquente qu’il n’y paraît dans la police, il décide de mener une enquête discrète auprès d’autres collègues. À son grand étonnement, plusieurs policiers racontent librement et sans retenue diverses histoires pour le moins inhabituelles qui vont de la décorporation aux maisons hantées en passant par des sorties hors du corps vécues lors de fusillades. Tout cela conforte et convainc Robert Snow de rendre public le fruit de ses recherches. En 1999, l’histoire vraie de ce chef des enquêtes criminelles au service de police d’Indiannapolis paraît aux Etats-Unis sous le titre de « Looking for Carroll Beckwith » et un an plus tard en français sous le trire de « À la recherche de Carroll Becwith » publié aux éditions ADA de Boucherville. De lecture simple, écrite efficacement comme si l’histoire vous était racontée de vive voix, la prose dépouillée du policier permet de suivre une intrigue parfois complexe qui nous mène immanquablement jusqu’à la dernière page sans effort. Page après page, vous vivez l’enquête longue, fastidieuse et parfois pénible de ce flic nouvel-âge qui découvre à son grand étonnement que la preuve qu’il cherche n’est pas celle qu’il trouve. Tout cela émaillé de candeur et d’humour. D’ailleurs, Robert Snow n’en est pas à ses premières armes littéraires : il a écrit quelques autres bouquins dont « Family abuse, tough solutions to stop the violence », « Child abuse », « Deadly cults », « Murder 101 », « Sex crime investigation », « Technology and law enforcement » et « Protecting your life, home and property ». Mais, sans contredit, le plus spectaculaire de tous demeure celui qui relate la vie de Carroll Beckwith. Comme il le souligne d’entrée de jeu, «…J’ai accompli une chose que personne avant moi n’avait encore accompli : j’ai établi des preuves irréfutables de l’existence d’une vie antérieure. Ces preuves, je les ai accumulées au cours d’une enquête qui a duré deux années, et elles sont si bien fondées, que s’il s’était agi d’une cause criminelle, la condamnation de l’accusé aurait été certaine ». Finalement, motivé à l’origine par le désir de prouver que les vies antérieures relatées sous hypnose ne sont que racontars ou fantaisies oniriques, Robert L. Snow s’est finalement retrouvé bien malgré lui à démontrer sans doute policier raisonnable que la vie avant la vie existe réellement. Du moins, la sienne, en tous cas ! Référence : À la recherche de Carroll Beckwith, Édition ADA, 2000 La vraie histoire d’un inspecteur de police en quête de sa vie passée Quelques sites Internet sur Robert L. Snow http://www.ial.goldthread.com/robertsnow.html http://www.johnadams.net/cases/samples/Snow-Beckwith/index.html |
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Tomala64
Ecrit par: Tomala64 (Invité) le 06-09-2008 20:00