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Seigneur, ce soir, je suis seul, peu à peu, les bruits se sont tus, les personnes s’en sont allées, et je suis rentré au presbytère, seul…
Seigneur, j’ai plusieurs années derrière moi, un corps fait comme les autres, des bras pour le travail, un cœur réservé pour l’amour, mais je T’ai tout donné, mais c’est dur Seigneur, c’est dur donner son corps : il voudrait se donner à d’autres. C’est dur d’aimer tout le monde et de ne garder personne. C’est dur de serrer une main sans vouloir la retenir. C’est dur de faire naître une affection, mais pour Te la donner.
C’est dur de n’être rien à soi pour être tout à eux… C’est dur de toujours donner sans chercher à recevoir… C’est dur de souffrir les péchés des autres, sans pouvoir refuser de les accueillir et de les porter. C’est dur de recevoir les secrets, sans pouvoir les partager. C’est dur de toujours entraîner les autres et de ne jamais pouvoir, un instant seulement, se faire traîner. C’est dur de soutenir les faibles sans pouvoir s’appuyer soi-même sur un fort. C’est dur d’être seul, seul devant tous, seul devant le Monde, seul devant la souffrance, la mort, le péché.
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Mon fils, tu n’es pas seul, Je suis avec toi, Je suis toi. Car J’avais besoin d’une humanité de surcroît pour continuer Mon Incarnation et Ma Rédemption. De toute éternité, Je t’ai choisi, J’ai besoin de toi.
J’ai besoin de tes mains pour continuer de bénir, J’ai besoin de tes lèvres pour continuer de parler, J’ai besoin de ton corps pour continuer de souffrir, j’ai besoin de ton cœur pour continuer d’aimer, j’ai besoin de toi pour continuer d’aimer, J’ai besoin de toi pour continuer de sauver. Reste avec Moi, mon fils.
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Me voici, Seigneur; voici mon corps, voici mon cœur, voici mon âme. Donne-moi d’être assez grand pour atteindre le Monde, assez fort pour pouvoir le porter, assez pur pour l’embrasser sans vouloir le garder. Donne-moi d’être terrain de rencontre, mais surtout terrain de passage, chemin qui n’arrête pas à lui parce qu’il n’y a rien d’humain à y cueillir, qui ne mène vers Toi.
Seigneur, ce soir, tandis que tout se tait et qu’en mon cœur je sens durement cette morsure de la solitude, tandis que les personnes me dévorent l’âme et que je me sens impuissant à les rassasier, tandis que sur mes épaules le Monde entier pèse de tout son poids de misère et de péché, je Te redis mon oui, non dans un éclat de rire, mais lentement, lucidement, humblement, seul, Seigneur, devant Toi, dans la paix du soir.
Raldgne