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« À soir, on fait peur au monde » | Version imprimable |  Suggérer par mail
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le 01-06-2009 00:00

Vous vous rappelez ce titre du documentaire sur le premier spectacle de Robert Charlebois à Paris alors qu'il avait causé tout un émoi? Justement, il avait fait peur au monde! Ou, à bien y penser, dans quelle mesure les gens s'étaient déplacés justement pour avoir quelques petits frissons d'angoisse?

Et, en fait, on peut aussi dans quelle mesure nous sommes accros à la peur, à quel point on carbure aux émotions effrayantes? Dans quelle mesure il nous faut de temps à autre une bonne crise de panique?
 
Prenez la plus récente : la fameuse grippe porcine, rebaptisée H1N1 pour épargner la susceptibilité des porcs et de leurs éleveurs. Tout était en place pour une crise en direct : nouvelle souche d'influenza, origine inconnue, nombre de victimes en progression rapide, quelques morts et un foyer suspect principal de propagation, le Mexique, en paralysie totale pendant quelques jours. Ajoutez à cela une Organisation mondiale de la santé qui relève son niveau d'alerte de 3 à 4 puis finalement à 5 sur une possibilité de 6, et vous avez tout ce qu'il faut pour créer une petite commotion bien sentie!
 
Pourtant, à comparer avec la grippe conventionnelle, la porcine avait l'air d'une enfant d'école : une centaine de morts tout au plus alors que la saisonnière que vous et moi risquons d'attraper cause chaque année environ 38 000 décès aux États-Unis seulement.
 
Malgré tout, peut-on reprocher aux autorités mondiales et nationales de la santé d'avoir réagi rapidement? Et que, ce faisant, il créait ce qu'ils voulaient précisément désamorcer, une petite panique? En évitant d'agir, ils courraient le risque de poursuites si une pandémie s'avérait. En tout état de cause vaut toujours mieux un excès de prudence que du laxisme. D'autant plus qu'il pourrait y avoir une résurgence à l'automne du même virus, mais plus sévère selon les spécialistes... Enfin, on verra.
 
Mais ce n'est pas le seul cas de crise de nerfs sociale à laquelle nous ayons été confrontés : rappelez-vous la listériose, la grippe aviaire, le SRAS, la vache folle, le 11 septembre, le bogue de l'an 2000 sans compter les expériences nucléaires de la Corée du Nord que son président aux cheveux raide en brosse s'amuse à répéter sporadiquement au gré de ses fantaisies, expériences qui, bien sûr, « ...font craindre le pire... » Rappelez-vous aussi comment George W. Bush, ce président niais qui pensait que les Talibans étaient un groupe rock, a pu contrôler et terroriser son propre peuple avec ses « alertes jaunes », « alertes rouges », qui signifiaient imminence d'attaque terroriste.
 
Et fin mai, voilà qu'on apprend que des femmes auraient reçu un mauvais diagnostic de cancer du sein. En effet, l'Association des physiologistes du Québec dévoile une étude qui démontre que les tests de dépistage du cancer du sein comportent de 15 à 20 % de faux diagnostics. Du moins, c'est ce que rapportait Radio-Canada en s'appuyant sur une étude selon toute vraisemblance, sérieuse et crédible. Inquiétude légitime chez les femmes : en faisant le calcul, c'est donc dire que sur les 6000 femmes diagnostiquées, environ 1200 auraient obtenu de faux diagnostics, dans un sens ou dans l'autre. En grattant un peu, on apprend finalement que l'échantillon de l'étude s'avère somme toute très peu significatif avec seulement 15 patientes. Bien sûr, il y a de quoi s'affoler parce que c'est du cancer dont il s'agit, mais reste qu'on a fait prématurément peur. Résultat : le Ministère de la Santé a invité les femmes à communiquer avec la ligne Info-santé pour savoir... peu de choses finalement, sinon qu'il faut étudier cela plus en profondeur. A-t-on exagéré la situation pour obtenir du gouvernement de l'aide financière et de meilleurs outils d'investigations? En tout cas, l'Association par son porte-parole réclame du Ministre de la Santé du Québec plus de moyens pour suivre adéquatement les patientes. Qui peut s'opposer à tant de noblesse et de prudence? Après tout, là comme dans la grippe porcine, la listériose ou le SRAS, mieux vaut prévenir que guérir. Sauf qu'on a encore agité la peur dans le public. 
 
Mais à quel prix? À jouer sur la peur par peur de se faire jouer, les autorités médicales et scientifiques vont finir par voir s'émousser la confiance du public, et partant, leur crédibilité. À force de crier au loup, on finit par avoir une extinction de voix.
 
Sauf que tout cela s'appuie sur notre appétit insatiable pour l'horreur, la peur, la catastrophe. Un appétit particulièrement payant pour les médias toujours prêts à relayer l'information de première main, le temps et l'espace accordé variant le plus souvent en fonction de l'horreur.
 
Comme public, nous avons notre large part de responsabilité à cet égard : nous achetons la peur avec tellement d'avidité qu'il faut parfois des éditions spéciales comme ce fut le cas pour les attentats du 11 septembre ou pour le procès du couple sadique de tueurs Paul Bernardo et Karla Homolka. Dans ce cas-ci, on a même suivi les témoignages heure après heure avec force détails.
 
Nous aimons la peur et elle nous la rend bien : peur de la crise économique, de l'avenir, de manquer d'argent, de mourir, de tomber malade, de perdre son emploi, son conjoint, sa maîtresse, son amant ou ses enfants. Peur de parler à son voisin, son boss, son banquier, peur d'avoir un accident de vélo sans casque, peur des MTS, des bibittes, des coquerelles, des maringouins...
 
On aime tellement avoir peur qu'on va jusqu'à mettre des capotes de jute pour protéger nos sapins décoratifs de maison en hiver!!!!!   Des sapins, vous y pensez, un arbre conçu pour se geler les racines en hiver!
 
Pas étonnant que, le soir ou la fin de semaine, pour se reposer et se détendre, on va voir un film... de peur!
 
En bout de piste, on a peur de tout, sauf de devenir complètement dingue...

Michel Gailloux
 





Commentaires utilisateurs (1)
Posté le Claire, le 05-06-2009 00:36, , Invité
1. Une opinion!!
:zzz J'aime ton texte, s'il fallait que nous n'ayons plus peur crois-tu que l'amour enflammerait autant nos tripes, voilà je ne crois pas qu'on soit prêt à vivre que d'amour? Serait-ce t'y trop plate??? Pour ma part il y a belle lurette que j'essaie de ne plus carburer à la peur (autant que peu se faire). Voilà en attendant n'oublie pas que je t'aime XXX 
 
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