Si vous avez eu la chance de suivre cette épopée comme je l’ai fait presqu’assidûment dans les années 60, vous avez eu la chance aussi de vivre les émotions uniques du visionnement des premières images du sol lunaire. Avant Neil Armstrong, seul Tintin avait pu le faire. Il y avait dans cette aventure fantastique, vécue en direct, quelque chose d’irréel, de mystique. On aurait dit : « voici les premières images de Dieu en direct du ciel » qu’on n’aurait pas été plus sidéré.
La lune, les astronautes, les images sur nos écrans, tout cela 30 ans après l’invention de la télévision et moins de 70 ans après celle de l’aviation. C’était magique, c’était beaucoup, c’était au-delà de ce que nous avions eu le temps d’imaginer jusque-là. Faut pas s’étonner alors que le doute se soit installé dans l’esprit de plusieurs à l’époque. Soyons circonspects et regardons le contexte des années 60. N’est-il pas normal et compréhensible que des gens qui ont vécu les débuts de l’aviation, l’invention de l’automobile, de la radio et de la télévision en moins de 60 ans peinent à croire que tout cela est vrai? Quand une réalité dépasse tout ce que l’on peut imaginer, elle devient suspecte.
Mais, il demeure étonnant qu’aujourd’hui, selon certains sondages, de 6% à 8% d’Américains demeurent convaincus que rien n’est vrai dans cette aventure. Selon cette légende qui persiste 40 ans après l’exploit, tout n’est que cinéma. Et comme dans toute légende urbaine, la possibilité si mince soit-elle que ce soit vrai suffit à entretenir le doute? Oui, il est possible que tout cela ait été tourné dans les studios de Hollywood. Effectivement, même si cette hypothèse est grossière, a-t-on des preuves autres que des images télé de ce qui s’est passé? Ce doute, même déraisonnable, renvoie à une réalité complexe de l’esprit humain : la dualité entre le doute et le déni. Entre le questionnement et le dogme. Entre la science et le scepticisme. Si le déni est facile, la preuve l’est beaucoup moins.
Pour certains, l’invraisemblance confine au déni. Et l’invraisemblance est fonction n’ont pas du champ du possible, mais de leur capacité de concevoir la réalité autrement que dans les limites de ce qui est acceptable. Pour eux, il y a nécessairement complot, triche, manipulation et mensonge. Ils sont sceptiques, quoi. Et, assez curieusement, ils utilisent le même raisonnement que ceux qui nient les phénomènes paranormaux ou surnaturels.
Les photos sont truquées, les témoignages imparfaits sinon corrompus, les preuves déficientes et les faits contestables. C’est assez amusant de constater que sceptiques et négationnistes de l’aventure spatiale lunaire tiennent le même langage. Alors, pourquoi les uns sont perçus comme de pauvres ignares et les autres comme des scientifiques rationalistes et raisonnables? Pourtant, ils ont en commun la même réaction : quand l’être humain fait face à une réalité hors de son champ conceptuel, il la nie. Vaut mieux un argument ridicule, mais vraisemblable, qu’une réalité qui dépasse l’entendement. Nous avons tous ce genre de réactions parfois.
Ainsi, quand il s’agit de paranormal ou de surnaturel, les mêmes questions se posent, les mêmes attitudes se profilent. Entre le doute et le déni, une dualité subtile s’installe. Dieu, la vie après la vie, les OVNIS, la réincarnation, les maisons hantées, la médiumnité, l’au-delà, tout cela est-il possible? Tout dépend de notre capacité de concevoir l’univers. Et de notre désir de modifier cette conception. Parce que l’on peut difficilement prouver une réalité que l’on nie. À l’inverse, le doute ouvre la voie vers la connaissance et la conscience.
Ainsi, depuis que la science s’est penchée sur certains phénomènes que l’on dit paranormaux, non seulement a-t-on réalisé qu’ils étaient réels, mais qu’ils nous donnent accès à d’autres principes naturels et universels. Comme la télékinésie, les expériences de mort imminentes ou la télépathie qui ont non seulement fait l’objet de nombreuses recherches rigoureuses, mais qui sont maintenant considérées comme des phénomènes réels. Des progrès scientifiques qui repoussent la frontière du surnaturel.
Au fond, le grand défi de notre existence, c’est de faire la part des choses entre le doute et le déni. Entre la science et le scepticisme. Entre ce qui est une preuve raisonnable et une preuve impossible. En gardant à l’esprit que la science n’est pas qu’observation et analyse, mais aussi rigueur et art, expérience et imagination. Émotion et raison, yin et yang.
Au fond, la réalité est d’abord celle que l’on peut concevoir avant celle que l’on peut prouver. Et les limites de la science sont davantage celles de notre capacité de concevoir que d’analyser.
Finalement, une fois concevable, le Surnaturel n’est-il pas autre chose que le Naturel?