On le dit encore, bien qu’on entende moins souvent aujourd’hui que novembre est le mois de morts. Quoique si vous effectuiez une recherche sur Internet en tapant l’expression « novembre, mois des morts », vous allez trouver au moins 12 millions de références sur le sujet. Alors, autant se le dire, novembre, quoi qu’on en dise, demeure le mois des morts. C’est pour ça que le 31 octobre on fête l’Halloween : autant se payer la traite avant le dernier souffle d’octobre en se déguisant en fantômes, revenants, squelettes, pierres tombales ou en sorcières.
Et novembre est parfait pour un mois consacré aux trépassés : avec son obscurité, les feuilles qui tombent, le froid qui s’installe et le soleil qui pâlit, c’est le mois parfait pour se rappeler qu’un jour nous allons y passer également. Reste que la mort demeure encore un tabou aujourd’hui. Et le deuil tout autant. Selon un sondage mené par le magazine Psychologie.com, près de 70% des Français préfèrent ne pas penser à la mort.
Si vous voulez tester la sensibilité de vos amis sur le sujet, commencez à parler de testament lors d’un souper.
Dites que vous avez précisé vos dernières volontés, que vous avez choisi la crémation plutôt que l’exposition, que votre urne en jade importée de Chine est d’une beauté à pleurer et que vous préférez le columbarium à l’intérieur à l’enterrement de l’urne. M’en donnerez des nouvelles. D’ailleurs, la Chambre des notaires du Québec a bien senti que les Québécois étaient réfractaires à parler de testament avec un slogan bien trouvé : « faire un testament ne fait pas mourir ».
Mais comment, après des siècles d’enseignements et de courants religieux qui parlent de résurrection, de vie après la vie, d’au-delà et même de réincarnation, avons-nous encore quelques réserves à parler de la mort? Ne sommes-nous pas à une époque où les notions de survie après la mort sont maintenant répandues et admises? Même, la science médicale vient de prouver l’existence des EMI, les expériences de mort imminente, ce bref passage dans l’au-delà dont témoignent plusieurs personnes cliniquement décédées qui sont finalement retournées à la vie. Alors, si on survit à la mort, pourquoi en avoir peur? Tout simplement parce que religions, courants philosophiques et culture ont nourri cette peur pour asservir les peuples.
Pendant des siècles, la mort a été présentée comme une fatalité, un châtiment, une échéance inéluctable dont il vaut mieux ne pas se soucier. « Je viendrai comme un voleur », hurlait-on en chaire dans les églises en parlant de Dieu qui réclame son dû. Y avait de quoi frissonner sur le banc! Vue sous cet angle, la mort n’avait rien de bien rassurant et Dieu encore moins. Et malheur si vous avez commis quelques péchés, même agréables. À l’inverse, toutefois, on enseignait aussi le ciel, le paradis, que l’âme survit au corps, la réunion avec des personnes chères dans l’au-delà… Contradiction? Non : complémentarité. La mort, c’est pour les vivants. Le paradis, c’est pour l’âme qui se détache du corps au décès. La peur, c’est pour les vivants. Le fun, pour les âmes. D’ailleurs, si nous n’avions pas d’instinct cette peur, nous n’aurions pas cette réaction innée de défense et ce réflexe de se battre pour vivre. Et ce, même si l’on croit en l’au-delà. D’ailleurs, un spécialiste de l’intervention en soins palliatifs m’a déjà confié que bien des gens d’Église avaient beaucoup de mal à envisager les derniers instants de leur vie. Le fait de croire ne rend pas le passage plus facile, loin de là.
Non vraiment, sauf à l’Halloween, la mort n’est pas vendeuse. Une chaîne de salons funéraires a d’ailleurs repris le thème de la vie après la vie pour éviter de heurter ses futurs clients. Les salons funéraires ont de plus en plus l’air de cruising-bars ou de barslounge dernier cri. Le plus récent vient d’être lancé à Montréal avec mur vitré donnant sur la rue, donc sur la vie, avec galerie de toiles, bar et salles de repos qui donnent presque le goût presque de mourir. Tout pour évacuer le fatalisme, le macabre ou la douleur associée au décès. D’ailleurs, sitôt dit, sitôt fait, on enterre à la vitesse de l’éclair ceux qui ont la mauvaise idée de mourir.
Et pas question d’affronter la douleur, l’angoisse, tout doit se faire vite : en 48 heures, ni vue, ni connue. Pépère vient de mourir? Fini, niet, kaput, nada, no more, on efface tout, ça presse! Vive l’incinération : pas de maquillage, pas d’exposition, pas de recueillement. Envoye pépère, embarque dans l’four!
Mais faut-il s’étonner de cet empressement? Aujourd’hui, on ne prend plus le temps de vivre. On mange vite, on travaille vite, on baise vite, on digère vite et on meurt vite.
Si on prenait le temps de vivre, on prendrait le temps de mourir.
Posté le gisèle champagne, le 21-11-2009 00:05, , Invité
1. bravo michel
Belles et riches réflexions dans ce texte. C'est vrai que parler de la mort n'est pas bien populaire et fait peur à bien des gens,disons que ce n'est pas le sujet préféré en général et justement pourquoi cette peur? Mais la meilleure préparation pour mourir ne serait-il pas d'abord. comme tu dis si bien,de prendre le temps de vivre. merci pour ce texte. gisèle