Lorsque ma mère, vivant avec moi à l'époque, nous a quittés, il y a de cela cinq ans, il m'a fallu vider la maison.
J'essayais, tant bien que mal avec une grande peine au cœur, de faire le tri de tout ce qui lui avait appartenu. Il y avait un je ne sais quoi d'irréel dans cette tâche que j'accomplissais alors que la réalité était tout autre. Je n'arrivais pas à réaliser qu'elle avait disparu de mon monde extérieur, ce monde d'illusion pour retourner vers sa véritable source.
Je la cherchais partout quand tout à coup, j'aperçus, perchée sur le coin du bureau de sa chambre, ce frêle cactus qui ne tenait pour ainsi dire que sur une tige à peine. Mon premier réflexe fut qu'il fallait le jeter, mais un petit quelque chose en moi m'en empêchait! Je ne savais pas à ce moment-là pourquoi j'avais tant de scrupules à jeter ce que nous pourrions nommer une vulgaire plante sans apparence et dépourvue de beauté!!! Je devrais dire une beauté que je ne lui connaissais pas encore et que je ne savais pas voir!
Et bien je décidai de le garder, car vous devinez bien que je devais quitter cette maison où j'avais vécu huit années avec l'être le plus merveilleux que la vie m'ait donné de connaître pour aller vers un ailleurs inconnu. Je quittai donc cette maison avec tout mon bagage, des souvenirs pleins le cœur et bien sûr, le frêle cactus de maman. Je me suis occupée de lui et comme le Petit Prince avec sa rose, je l'ai arrosé, je l'ai cultivé, je l'ai mis sous globe! J'ai perdu du temps pour le cactus de maman et c'est ce qui le rend important à mes yeux. Il a pour moi aujourd'hui une grande valeur affective.
Petit à petit, il s'est développé, il s'est enraciné, il a grandi et il a même donné quelques fleurs le premier Noel qui a suivi le départ de maman. Elle qui aimait tant les fleurs, c’était comme un beau clin d'œil de sa part!
Ce cactus a cinq ans aujourd’hui. Maintenant, je sais pourquoi je ne pouvais pas m'en débarrasser. Il a été là pour m'apprendre la force de la vie et sa capacité à triompher. Il incarne ce que la vie a de fragile, mais aussi de magique. Il m'a appris la solidarité avec tout ce qui est vivant autour de moi et il m'invite au respect que nous devons à toute cette vie qui nous entoure.
Il y a quelques semaines, j'ai été initiée à la culture des bonsaïs par mon neveu Patrick. Grâce à lui, j'ai acquis mon premier bonsaï. C'est un portulacaria. On dit qu'élever un bonsaï, c'est devenir responsable d'une vie et renouer avec la nature. Nous en avons bien besoin de cette nature dans ce monde urbain qui se bétonne de plus en plus. La vie est d'une si grande simplicité et qui aurait cru qu'elle me donnerait un tel enseignement en se servant de ce frêle cactus, ton petit cactus maman.
Je termine en vous offrant ce texte d'Antoine Marcel, il possède une pépinière dans le Lot où il se consacre à la culture des bonsaïs, pratique le yoga et le zen.
Enseignement de l'Arbre
Je m'enracine et je me développe où je suis.
Je cherche le soleil et la lumière là où ils se trouvent, en mon lieu.
J'absorbe la lumière, dont je fais matière et croissance
Je suis ouverte à ce qui me nourrit.
Ce qui vient du haut vient transformer ce qui vient du bas, ce qui va vers le haut provient du souterrain.
Je vais vers le développement total de ce que je porte en moi.
J'endure, je surmonte, pour plus de beauté encore,
Je suis liée à mon lieu, à ma condition, à mes tourments mais je grandis..........